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Luc Recordon: «Les charlatans ne sont pas ceux qu’on croit»
mars 18th, 2015
Le Temps, 12.12.2014 Pierre-Emmanuel Buss Le conseiller aux Etats Luc Recordon préside l’Association romande pour le développement et l’intégration des médecines complémentaires (RoMédCo) Le Temps: Etes-vous satisfait des progrès réalisés au CHUV depuis le vote constitutionnel de 2009? Luc Recordon: Le Conseil d’Etat, la direction du CHUV et la Faculté de médecine de l’Uni de Lausanne ont pris les choses au sérieux. Le Groupe de recherche et d’enseignement sur les médecines complémentaires a fait un travail formidable. L’instauration d’un cours de base en médecine complémentaire pour tous les étudiants en médecine, il y a trois ans, constitue un progrès important. Malgré cela, on garde dix ans de retard sur Berne et Zurich. Le bilan est globalement positif. – RoMédCo demande la mise en place d’une unité affectée et d’une chaire universitaire. Les choses vont-elles dans la bonne direction? – Le dossier avance gentiment.
Un tel projet se construit, il ne 
se décrète pas. Aujourd’hui, 
on rencontre une difficulté 
classique: il faut trouver un 
budget. Mais comme président 
de RoMédCo, ce n’est pas Lausanne qui m’inquiète. Il faudrait que toutes les Facultés de médecines en fassent autant. – Le projet d’intégration inquiète. Certains médecins ne sont pas à l’aise avec l’entrée à l’hôpital de médecines «non scientifiques»… – Parmi les médecins, il y a aussi de vieux grognons qui ont peur du changement. Ce sont eux les charlatans, pas les défenseurs de médecines alternatives. On ne peut pas refuser a priori l’ouverture d’un nouveau champ de connaissances scientifiques. Encore moins quand un article constitutionnel demande expressément d’aller dans cette direction. – Des médecins considèrent qu’il est difficile de maintenir le cap de la rationalité médicale quand il faut intégrer des méthodes dont on n’a pas élucidé l’action. Vous les comprenez? – Oui, c’est un défi. Pour les médecins, mais aussi pour tous les domaines où les choses évoluent très vite, comme l’ingénierie. Il y a de nouvelles pratiques à intégrer. Pour un médecin, c’est crucial: il doit avoir des réponses pour savoir s’il applique ou non un traitement. D’où l’importance d’avoir des centres de compétences qui définissent les bonnes pratiques sur la base d’études cliniques. – Seules quatre médecines complémentaires sont remboursées par l’assurance de base. N’est-ce pas une inégalité de traitement avec les disciplines qui ne le sont pas? – On peut se poser la question. Mais il y a une forme de logique d’intégrer dans la LAMal les disciplines les plus utilisées par la population. – Pourtant, une discipline populaire, l’ostéopathie, n’est pas dans la liste… – C’est vrai. C’est un défaut logique. Il faudra se reposer la question de son intégration assez rapidement. L’idée est de rembourser les méthodes qui suscitent le plus d’adhésions parmi les patients. Si on avait intégré toutes les disciplines d’emblée, on aurait pris le risque de noyer le poisson et de ne rien faire du tout .